Le 31 mars 2026, Laura Pineau & Elsa Ponzo ont clippé l’ultime relais de leur aventure d’Ultra-Climbing : grimper 100 grandes voies en 50 jours.
7 jours de repos, 43 jours non stop, 681 longueurs, 17765 mètres.On ne peut que souligner la performance et d’ailleurs, nous vous invitons à découvrir le récit qu’en fait Laura juste ici : Laura Pineau & Elsa Ponzo climb 100 multipitch routes in Provence in 43 days | Planetmountain.com.
Du côté du Salon, nous avons aussi été captivés par tout ce qui entoure et accompagne cette performance : la profondeur des relations qui se créent, la manière de se préparer pour quelque chose qui n’a jamais été fait, l’adaptation constante, de l’appréhension, des apprentissages que l’on retire de telles expériences.
A propos de Laura
Laura a été une ambassadrice en or pour la dernière édition du Salon de l’Escalade. Depuis le Salon, il y a eu les échanges formels et les discussions informelles, quand on s‘est croisées au Salon ou entre deux autographes à Montagne en Scène où elle présentait son film “The Queen Swing” qui lui aura valu de monter sur scène avec une standing ovation !
Suite à ces échanges nous constatons chez Laura une certaine volonté à aller en terrain inconnu. Pour illustrer le propos, notons qu’elle a un certain nombre de premières ascensions féminines à son actif en fissure et en trad : Greenspits, Triple Crown, Wet Lycra Nightmare…. Pour ne citer que ces voies.

Elle illustre souverainement le fait qu’un projet ne se limite jamais qu’à une performance : il y a aussi la profondeur des relations qui se créent, l’appréhension et l’apprentissage.
Drivée par l’apprentissage
Entre le record de vitesse sur la Triple Crown, les premières ascensions féminines diverses et variées et maintenant, ce projet d’ultra-climbing, la question est légitime :
Salon : comment choisis-tu tes projets ?
Laura : “Au début, c’est une idée qui me traverse l’esprit. Puis ça revient. J’y repense, une fois, deux fois.”
Quand une idée revient, je sais qu’il faut que j’y aille. Là, les 100 grandes voies de Provence, c’est une idée qui a ressurgi. J’y ai pensé l’été dernier, puis l’idée est revenue et je me suis dit qu’il fallait y aller. Et sinon, ce qui guide mes choix, c’est que je veux apprendre. Il faut que j’en ressorte en ayant appris quelque chose : Apprendre de mes partenaires, apprendre de nouvelles choses, apprendre sur moi. Par exemple, pour Wet Lycra, c’était une 1ère féminine et je me suis poussée dans mes retranchements et même poussé mes limites en grande voie, c’était la première fois que je faisais un 8b !
Salon : Et quel apprentissage ressort de ce projet d’Ultra-Climbing ?
Laura : Eh bien, j’ai plus envie de refaire un truc aussi long. C’était LONG ! Le projet, il a duré 50 jours, avec 43 jours de grimpe et pendant un mois et demi, du coup on était coupées du monde, on avait du temps que pour ça : c’était un projet unique. Du coup, voilà, ça m’a permis d’apprendre que de ne faire QUE grimper, ça me suffit pas tout, que j’ai besoin de faire plusieurs choses pour avoir plus d’équilibre.”
A Montagne en Scène, Laura ne le cache pas : “J’avais plus envie de grimper après, alors qu’Elsa, elle est repartie en grande voie juste après !” Ce n’est pas sans nous rappeler l’épopée de Hugo Parmentier et Seb Berthe qui ont mis du temps à se remettre de leurs 100x7a à Fontainebleau, par exemple (Voir Bleau dans la Peau)
C’est effectivement long, un mois et demi, ça fait beaucoup de temps passé avec la même personne. Le choix d’un(e) partenaire a donc toute son importance.
Comment une relation évolue sur une aventure comme celle-ci, avec la fatigue, l’effort et l’appréhension que ça implique ?
Phénomène Ponzo : curieuse, foncièrement positive et entraînante
Nous avons tendance à sous-estimer l’importance des relations dans les projets grimpe. Pourtant, le sujet est central, d’autant plus quand on touche à la dimension “Ultra” : la (longue) durée de l’aventure, ce type d’effort qui n’a jamais été appliqué à l’escalade. C’est assez difficile de comparer, il y a bien l’ultra-trail, évidemment mais on n’approche ni la durée, ni le mode de vie sur cette durée, ni l’ambiance liée aux courses organisées où les athlètes évoquent “l’incroyable solidarité du peloton, la gentillesse des bénévoles, l’accueil des habitants sur le parcours.” 1
Laura et Elsa n’ont rien eu de tout ça. Elles ont trouvé refuge dans leur relation.
Laura : “Sans Elsa, on ne finissait pas. C’est elle qui m’a fait aller au bout, au 28ème jour, j’ai atteint des limites physiques et mentales. Pendant 3 / 4 jours, je faisais que pleurer et on a su communiquer de façon très transparente avec Elsa pour pouvoir se réorganiser et reprendre”
Laura a rencontré Elsa l’année précédente dans le Yosemite, mais elle n’a jamais grimpé avec elle. En pensant à elle pour ce projet, elle ne savait même pas quel était son niveau de grimpe, mais elle découvre vite qu’il n’y a pas trop de soucis à se faire de ce côté là. Elsa n’est pas la grimpeuse la plus médiatisée (et pourtant elle le mériterait) mais en couenne, elle va jusqu’au 8c+ (La Rubia en 2025) et elle a à son actif quelques unes des grandes voies les plus dures de France. Le niveau est là. Pas de doutes.
Mais ça ne suffit pas pour une aventure comme celle-ci. Ce n’est pas en quelques échanges avec Laura que l’on peut prétendre comprendre la teneur des liens qui se créent dans ce genre d’aventure.
Il y a ce qu’on sait l’une de l’autre, ce que l’on découvre en cours de route et la manière dont on arrive à s’organiser avec les différences de tout le monde. Et comme ce qui n’est pas dit n’est pas su : la communication et l’écoute active sont de mise. Le savoir, c’est un fait. Réussir à l’appliquer est une autre paire de manches. Ce sont des qualités humaines remarquables.
“Moi, par exemple, quand je suis stressée, j’ai besoin de calme. Elsa, adore qu’on l’encourage.”
« Dans la vie de tous les jours, c’est facile de bosser avec des gens qui te ressemblent, qui fonctionnent comme toi, c’est super agréable. Là avec Elsa, c’était différent et en fait, bosser avec des gens qui se complètent, c’est bien, aussi.”

Une aventure avec beaucoup d’inconnues
Ce que retiennent Elsa et Laura c’est que quand on réalise quelque chose qui n’a jamais été fait, il faut être prêt à affronter des choses que l’on avait pas prévu.
Salon : Qu’est-ce qui vous est tombé dessus par surprise ? À part la pluie !
Laura : Le VENT ! Il y a eu des journées à 100, 120km/h et quand tu grimpes c’est épuisant en fait. Et on s’est pris des vagues dans les calanques ! Au début, on choisissait les voies en fonction de la météo et de l’exposition mais au bout d’un moment le choix est restreint donc on a pas eu le choix. “C’était de l’adaptation en continu dès le début. On avait un plan de départ, mais très rapidement, on a dû le revoir par rapport à la météo ou aux périodes de nidifications de certains oiseaux. On tenait au projet, mais on ne voulait pas le réaliser au détriment de la nature.”
On a appris malgré que nous que quand sur une voie c’est écrit “old school” / “voie historique”, ça veut dire que c’est pas équipé. La Sainte Victoire, ça fait peuuuuuur. C’était les longueurs les plus dures en termes de terrain, pas de niveau. “Du côté de la logistique, tout s’est mis en place assez rapidement et plus on avançait, plus on était efficaces. D’autant plus qu’on se complétait avec Elsa sur les tâches.
La peau, à part le verdon, ça a été bien géré. Mais, ce à quoi on s’attendait pas c’était d’avoir si mal aux pieds. En fait, mettre des chaussons tous les jours ça fait vite mal. Et en 43 jours, tu as le temps de bien sentir la douleur.
(Il semblerait que les crèmes RGENtec, leur partenaire pour cette aventure aient été salvatrice pour les petits petons de Laura et Elsa !)
Maîtriser le risque partout où c’est possible.
100 grandes voies, des manips à réaliser des centaines de fois, des descentes en rappel… Le projet appelle à la prudence ! Surtout quand la fatigue prend la place de la lucidité.
Salon : Comment avez-vous géré cet aspect avec la douleur, la fatigue, le temps long, l’habitude, la répétition des gestes et autant d’aspects qui pourraient entraîner une erreur ?
Laura : “Le plus dangereux, c’est les rappels. Et sur les 681 longueurs, il y en avait 200. On a mis des règles en place. Il y a des trucs sur lesquels je suis intransigeante : les nœuds en bouts de corde. C’est ma règle jusqu’à mes 80 ans. On va être fatiguées, des fois on va les faire de nuit, il faut que ce soit une règle.”
Malgré une logistique ultra-rodée avec le temps, la fatigue s’installe quand même. Le vrai combat commence réellement au 28ème jour pour Laura et c’est que la relation avec Elsa a pris toute son importance : communication transparente, écoute active et soutien sans faille. Dans le crux de cette aventure, elles ont tissé des liens profonds et (l’avenir nous le confirmera, mais nous parions dessus) : durables et à l’écart de toute rivalité . Dans l’article d’Alpine Mag, Laura l’évoque : « Quand je flanchais, je savais qu’Elsa pouvait prendre relais ».

Un autre type de performance
Derrière cette idée (saugrenue) d’aller réaliser les 100 plus belles voies de Provence en 50 jours, Laura et Elsa ont poussé une porte et mis en lumière une autre manière de performer. Dans cet article d’Outside Média, elle mentionne les couchers de soleil au sommet de la Sainte-Victoire, les étoiles dans les yeux en voyant Elsa enchaîner les 10 longueurs de “La fête des nerfs”, le plaisir de grimper dans des voies sublimes et pas forcément difficiles, l’amitié indéfectible qui s’est créé entre elles… Tant de choses qui rendent l’aventure profondément humaine, finalement.